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Au coeur de la mémoire du XXe siècle : Marc Chagall



L'oeuvre de Marc Chagall, heureuse, amoureuse, onirique, est un hymne à la mémoire, aussi bien personnelle que collective. Comme si, tout au long de son existence, il avait accumulé les images, les instants, les objets pour porter témoignage de ce qui avait été irrémédiablement emporté par les ans.

 
Marc CHAGALL - Le Songe
Le songe
Affiche d'après une toile de 1978
Tout Chagall réuni en une oeuvre : Vitebsk, les amoureux, le violoniste !
 
Juif né dans les terres septentrionales de la Russie tsariste de 1887, il parcourut le XXe siècle sous le sceau de l'exil permanent. Des pogroms d'avant 1917 aux premiers bruits de bottes de la fin des années 30, il vécut, peignit et changea de pays et de continents, perdant régulièrement une partie de ses toiles, les refaisant à l'identique de sa mémoire, dans un nouvel atelier.

De Vitebsk, ville de sa naissance, située dans la Bielorussie actuelle, peinte et repeinte mainte fois entre 1900 et 1920, il nous montre la vie simple d'un shtetl (village juif de l'Europe de l'Est) à la naissance du XXe siècle. Ses compositions où apparaissent les fêtes d'une communauté, un mariage traditionnel ou tout simplement une scène de rue, resteront au coeur de son oeuvre bien après le départ pour l'Ouest. Car ces images, persistance dans sa mémoire d'une époque heureuse, sont celles de l'innocence d'avant les grands chamboulements.

A 20 ans à peine, après plusieurs années à étudier la peinture, et avec seulement 27 roubles en poche, il part pour la capitale de toutes les Russies : Saint-Pétersbourg. Les lois antisémites ayant déjà été promulguées, il doit se faire engager comme domestique auprès d'un riche mécène, pour avoir le droit de séjourner à l'intérieur des murs de la cité du delta de la Néva. Il peut ainsi s'inscrire à l'école des Beaux-Arts, découvrir le musée Alexandre III et parfaire son éducation artistique, lui qui n'est encore qu'un petit provincial peu éduqué et très pauvre.

Les premières rencontres marquantes se font donc à Saint-Pétersbourg, alors que l'après 1905 retentit de promesses de changement; non tenues. C'est là que le jeune Chagall entre dans « l'avant-garde » picturale russe très influencée par les nouveautés venues de Paris, notamment les apports de Van Gogh, Cézanne, Matisse, Derain ou Vlaminck.

En 1910, il part s'installer à Paris, francise son nom (il s'appellait jusqu'alors Moysche Segal), fréquente la Grande Chaumière (académie la plus courue en matière de peinture dans la Capitale française), vit à Montparnasse, passe des heures au Louvre et intègre l'apport des fauvistes : les couleurs vives, éclatantes, heureuses.

Ces années sont, partout en Europe, celles d'un renouvellement artistique extraordinaire. Le cubisme nait sous l'influence conjointe de Braque et de Picasso à Paris, l'expressionnisme allemand et viennois est à son apogée (1909 Klimt peint « Le Baiser »), Malevitch, Gontcharova, Maäkovski réinventent l'art russe tandis que Nijinski éblouit les scènes parisiennes et londonniennes. Dans la capitale française, Chagall est un membre éminent de ce que l'on appellera bientôt « L'école de Paris ». Soutine, Delaunay, Max Jacob, Blaise Cendrars, Guillaume Appolinaire, Chagall est pleinement au coeur de ce bouillonnement artistique et intellectuel et son travail est plein de cette énergie et de cette renaissance heureuse.

Après de premières expositions parisiennes, ce sont les galeries allemandes qui lui ouvrent leurs portes et il expose à Berlin, notamment aux côtés de Paul Klee. Mais Vitebsk, sa famille et surtout sa fiancée Bella, qui l'attend depuis quatre ans, lui manquent cruellement et seulement muni d'un visa de trois mois, il part rejoindre les terres de son enfance, laissant derrière lui toutes les toiles qu'il a réalisées depuis son arrivée en France. Nous sommes en 1914 et la guerre éclate, suivie par la révolution bolchévique. Marc Chagall ne quittera finalement la Russie qu'en 1922 !

Malgré la guerre et les nombreuses révolutions qui planent au-dessus de la Russie, Marc Chagall épouse donc Bella, riche jeune femme issue de la bourgeoisie financière (son père est banquier) dont il a fait la connaissance en 1909. Ce amour passionnel entre deux êtres très dissemblables sera au coeur de l'oeuvre du peintre pour les 30 années qui suivent. Très vite une fille, Ida, naît de leur union. Fer de lance de la carrière de son père, elle fera énormément pour la reconnaissance internationale de celui-ci.

Durant ce retour à Vitebsk, Chagall revient à son style naturaliste, enrichi des apports parisiens et notamment, en plus du fauvisme, d'une certaine forme de cubisme qu'il a « digéré » à sa manière et qui éclaire ses toiles, leur donnant encore plus d'onirisme, celui-ci étant de plus renforcé par l'amour pour Bella qui irradie littéralement son oeuvre. Mais la Révolution russe et son lot d'amis, d'envieux est aussi là, très présente dans la vie de Chagall. Entre 1919 et 1922, après avoir un temps épousé la cause des bolchéviks, il sent venir la disgrâce et profite d'une exposition à Riga pour quitter la Russie pour Berlin avec seulement une vingtaine de ses toiles. Bella et Ida le rejoignent dans la capitale allemande. Chagall a 35 ans et une nouvelle vie commence.

Passant de Berlin à Paris, les Chagall connaissent des années meilleures, parce que la reconnaissance est enfin là, que les expositions se succèdent et que les toiles se vendent sous l'égide d'Ambroise Vollard, le marchand découvreur des plus grands talents du début du siècle. Le Front populaire accorde à Chagall la nationalité française en 1937, mais déjà l'Europe bruisse des cris emportés d'un petit homme en uniforme brun et Chagall, comme beaucoup d'autres artistes (Léger, Picasso, Miro, Mondrian) embarque pour New York, de Lisbonne avec 1600 kilogrammes de bagages... son atelier complet !

A New York, un nouvel atelier et la création de la première toile américaine : « Le Jongleur ». Fidèle à lui-même, à sa peinture, à son univers, sa première oeuvre new yorkaise est d'abord « chagalienne ». Alors que Fernand Léger se laisse griser par la modernité de la ville aux buildings et peint les batisseurs de ces édifices qu'il admire tant, Chagall continue de nous offrir ses violonistes, ses acrobates, ses lampes solitaires qui brûlent le pétrole dans la nuit, tandis que des couples enlacés et fusionnels planent au-dessus des villes, amants inséparables dans l'exil et la fuite, affrontant et surmontant les épreuves, unis.

Mais en 1944, alors qu'ils ont écouté en direct à la radio la Libération de Paris où ils rêvent de retourner (Chagall a toujours refusé d'apprendre l'anglais, se limitant au russse, au yidish et au français !), Bella meurt brutalement d'une infection. Pendant neuf mois, Chagall ne peint plus. Pendant deux ans, il vit loin des endroits où il a vécut avec Bella et se remet doucement au travail.

En 1947 il regagne la France et Paris avant de partir pour Vence et d'y trouver un nouvel amour Vava, en 1952.

Ainsi dans ces années de la maturité redevenue heureuse, Chagall se lance un nouveau défi : le Message biblique. Des douze épisodes de la genèse, étudiés des années durant, il tire des oeuvres pleines d'espoir, de chaleur et d'amour partagé. Biblique, philosophique, c'est le Testament de Chagall qui est offert par le peintre et sa femme au Musée Chagall de Nice, inauguré en 1973 où des vitraux d'un bleu étincellant marquent à jamais la pupille du visiteur tel l'enchantement suprême d'un magicien jongleur, toujours en équilibre sur le fil reliant le monde réel à celui des rêves : le monde selon Marc Chagall.


Marc CHAGALL : La vie
"La vie"
Quadrichromie d'après une oeuvre de 1964
Chagall publie en 1931 une "biographie" intitulée "Ma vie", il fera de même en peinture, 30 ans plus tard !


 
 
Marc CHAGALL : Les amoureux
"Les amoureux"
Quadrichromie d'après une oeuvre de 1956
Chagall et Vava
 
Marc CHAGALL : Au-dessus de la ville
"Au-dessus de la ville"
Quadrichromie d'après la toile de 1924, refaite d'après une première toile datant de la période parisienne 1910-1914
Chagall et Bella au-dessus de Vitebsk
 
Marc CHAGALL : Le jongleur
"Le jongleur"
Quadrichromie d'après une oeuvre de 1943
Première oeuvre achevée sur le territoire américain
 
Marc CHAGALL : Le dimanche
"Le dimanche"
Quadrichromie d'après une oeuvre de 1954
Chagall et Vava, immigrés russes, se retrouvant au-dessus de Notre-Dame
 
Marc CHAGALL : A2dam et Eve chassés du paradis
"Adam et Eve chassés du paradis"
Affiche d'après une oeuvre de 1961
Chagall revisite la Bible